Les Chemins possibles
Paysage poétique de chemins, reliefs et brumes
Porte 03 · Le discernement

Ce qui résiste

Il n’est pas demandé ici de dépasser quoi que ce soit. Certaines frontières méritent d’abord d’être comprises.

Il y a des portes que l’on ne peut pas ouvrir.

Il manque une clé. Le bâtiment n’est plus accessible. Quelqu’un en a décidé autrement. Ou bien la porte conduit vers un endroit où nous ne souhaitons plus entrer.

Ces situations ne se ressemblent pas.

Pourtant, nous les désignons parfois d’un même mot : impossible.

Ce mot peut devenir lourd.

Il semble refermer une histoire entière, alors qu’il ne dit pas toujours ce qui empêche réellement d’avancer.

Il peut manquer du temps, de l’argent, une information, un soutien, un droit. Une circonstance peut être provisoire. Une décision peut être contestée. Une organisation peut rendre difficile ce qui serait autrement accessible.

Mais certaines limites ne sont pas seulement des obstacles.

Elles protègent.

Dire non à une demande, refuser une relation qui exige trop, préserver un espace de repos ou reconnaître qu’un engagement dépasse nos forces ne revient pas nécessairement à fermer le monde.

C’est parfois la condition pour continuer à y prendre part.

Nous entendons souvent qu’il faut dépasser ses limites.

L’expression semble généreuse. Elle promet un horizon plus vaste.

Mais elle devient injuste lorsqu’elle fait peser sur chacun la responsabilité de franchir des obstacles dont les causes ne lui appartiennent pas. Elle devient dangereuse lorsqu’elle présente toute résistance comme une faiblesse à vaincre.

Il existe des situations auxquelles nous ne pouvons pas répondre seuls.

D’autres qui ne changeront qu’à travers des décisions collectives.

D’autres encore dont il faut accepter la réalité, au moins pour un temps.

Le discernement commence peut-être lorsque nous cessons de demander indistinctement à toutes les portes de s’ouvrir.

Certaines méritent qu’on cherche leur clé.

D’autres qu’on interroge celui qui les a fermées.

Et devant quelques-unes, il est juste de poursuivre son chemin sans entrer.