Un prolongement · Sans injonction
Les gestes possibles
Il arrive qu’un chemin ne demande pas une grande décision. Parfois, il commence par une attention, une question ou un geste dont nous pouvons réellement répondre.
Un sentier apparaît dans la lumière. Cela ne signifie pas qu’il faut aussitôt l’emprunter.
Il reste à regarder le terrain, à reconnaître ce qui nous retient, à mesurer ce que le passage demanderait. Un chemin visible n’est pas toujours un chemin praticable. Et il n’est pas nécessairement le nôtre.
Il en va de même des gestes.
On imagine parfois qu’agir suppose de franchir un grand seuil, de changer tout à la fois, de prouver que l’on avance. Pourtant, un geste peut être plus modeste : poser une question, prendre le temps d’écouter, demander de l’aide, différer une réponse, faire une place à ce qui n’était pas entendu.
Un geste n’a pas de valeur parce qu’il est spectaculaire. Il en prend lorsqu’il rencontre une situation réelle, avec ses possibilités et ses limites.
Certains gestes ne nous appartiennent pas seuls. Ils dépendent d’une réponse, d’un accord, d’un lieu, de ressources, d’une confiance qui ne se commande pas.
Il arrive aussi que le geste juste soit de ne pas insister. Reconnaître une limite peut préserver ce qui rendra une autre rencontre possible.
Rien, ici, ne demande de se transformer immédiatement. Il suffit peut-être de laisser une question devenir plus précise.
Qu’est-ce qui, dans cette situation, dépend réellement de moi ?
Quelles conditions manquent encore pour qu’un geste soit possible ?
Que puis-je respecter, même si je ne peux pas le changer ?
Ces questions ne sont pas un exercice à réussir. Elles peuvent rester ouvertes.
Un chemin commence parfois ainsi : non par la certitude d’arriver, mais par la possibilité d’un geste habitable.